Interview des Frères Morvan:
 
 

Extraits de leur album Fest-noz à Botcol




Le Magazine - Qu'est-ce qui vous a décidé à sortir un nouvel album, 25 ans après le précédent?
Les Frères Morvan - (Yvon) On entendait un peu partout où on allait, et depuis longtemps avec les jeunes, mais comment se fait-il que vous n'avez pas un CD? il est temps! Ce "Il est temps" nous faisait comprendre qu'on vieillissait... Alors, puisqu'on nous disait qu'il était temps, on l'a fait.

LM - Quand l'avez-vous enregistré?
LFM - (François) Courant de l'été 1999. Avec des gens qui dansaient devant nous parce qu'en studio, ça , on ne sait pas faire. Ce n’est pas un disque de danses uniquement, il y a des mélodies.

LM – C’est plus inhabituel de votre part.
LFM – (Henri) Ce n ‘est pas notre rôle de chanter des mélodies. Faire danser les gens nous suffit. C’est ce que l’on préfère. En hiver, vous savez, quand il fait froid, il faut se réchauffer (rires) !

LM – Y-a-t-il des danses que vous préférez chanter à d’autres ?
LFM – (Henri) Non, on ne choisit pas. Enfin si, mais seulement par rapport à celles qu’ont joué les groupes qui animent le même fest-noz. On chante les danses traditionnelles de la région où l’on est.

LM – Avez-vous une affection particulière pour les morceaux que l’on retrouve sur le disque ?
LFM – (Yvon) Non, mais ce sont ceux qu’on chante le plus souvent dans les fest-noz, dont on a le plus l’habitude sûrement.
(François) Moi, personnellement je n’aime pas une chanson plus qu’une autre. Dans le disque, ce sont simplement celles qu’on répète le plus souvent.

LM – D’où tenez-vous votre répertoire ?
LFM – (Yvon) C’est un répertoire que l’on détient de la famille. Nos ancêtres faisaient ce que nous faisions maintenant. Nous n’avons pas fait de collectage.
(Henri) Nous n’avons pas eu à rechercher notre répertoire puisqu’il venait de la mère qui, elle, le tenait de son père. Du moins pour les paroles. Les airs, on les entendait en réunion. Du temps de nos vingt ans, il y avait beaucoup de chanteurs dans la région, plus âgés que nous. On arrivait dans les soirées, et en les entendant, on apprenait leurs airs. Mais les paroles, elles, elles nous viennent de la mère. C’est passé comme ça de bouche à oreille. Selon la méthode traditionnelle.

LM – Vous n’avez jamais été tentés de composer des chansons ?
LFM – (Ensemble) Composer, non ! Non non (rires)

LM – Votre façon particulière de chanter a établi votre renommée depuis longtemps. Comment définiriez-vous votre style ?
LFM – (Henri) On n’est pas les seuls à chanter comme ça.
(Yvon) Moi je reconnais quand même une chose, c’est qu’on est trois frères et qu’on est resté ensemble. On n’a pas changé de partenaires comme beaucoup le font. Nous, ça fait 40 ans que nous chantons ensemble, alors cela crée forcément une unité.

LM – Aujourd’hui, pour beaucoup, les frères Morvan sont devenus les symboles de la tradition vivante en Bretagne. Ce statut vous fait-il plaisir ?
LFM – (Yvon) On a remarqué un petit peu ça, oui, ce que vous dîtes. C’est vrai que dans les grandes prestations, on a l’impression que les jeunes s’attachent beaucoup à nous. Alors bien sûr, ça nous fait plaisir.

LM – Comment les choses ont-elles évolué depuis que vous avez commencé à « chanter à danser » en public, il y a plus de 40 ans ?
LFM – (Yvon) On a vu passer beaucoup de générations. Les petits jeunes qu’on voyait dans un premier temps , ce sont maintenant des grands-pères (rires). Au début, il n’y avait pas de groupes musicaux comme actuellement. Le premier groupe qu’on a vu, en 1972, c’étaient les Diaouled Ar Menez. Avant, il n’y avait que des chanteurs et des sonneurs.
(François) Les premiers instruments de musique que j’ai vus pour faire danser, c’étaient la treujenn gaol (=clarinette pratiquée en centre-Bretagne ; son nom en breton se traduit par « trognon de chou ») et l’accordéon. Ailleurs, il y avait des sonneurs de biniou-bombarde, mais dans la région, c‘étaient treujenn gaol et accordéon qui étaient pratiqués. Avec le chant bien sûr.

LM – Aujourd’hui, y-a-t-il des groupes que vous appréciez tout particulièrement ?
LFM – (Henri) on aime tous les groupes, on n’a pas de préférences.
(François) Oui, on ne fait pas de distinctions. Pour moi, un groupe c’est un groupe.

LM – Les façons de danser des jeunes allant au fest-noz ont-elles changé depuis vos débuts ?
LFM – (Yvon) Quand on a commencé à chanter dans les réunions populaires, il n’y avait pas beaucoup de jeunes qui savaient danser contrairement à aujourd’hui où ils nombreux et dansent de mieux en mieux. A la perfection même !

LM – Est-ce que les gens viennent vous demander d’apprendre votre répertoire ?
LFM – (Henri) Ils font des enregistrements au fest-noz et s’ils ne comprennent pas la chanson, alors ils viennent nous demander des éclaircissements. Ils font du collectage.
(François) Ca a commencé il y a longtemps. Je me souviens d’un jour, il y a longtemps, il y a peut-être 30 ans, on animait un fest-deiz à Plouguernével. Eh bien les gens qui faisaient du collectage avaient disposé 24 magnétophones sur le podium !

LM – Aujourd’hui, la musique bretonne est éclatante de santé. Quels sentiments cela vous inspire-t-il ?
LFM – (Yvon) C’est quelque chose de formidable ! Mais incompréhensible par rapport à le qui se passait il y a 40 ans, imprévisible. Celui qui avait alors le cœur bretonnant, il n’avait pas honte bien sûr, mais c’était quand même une honte plus ou moins délaissé. Les gens ne voulaient plus entendre parler du breton. Alors ce qui se passe maintenant nous réjouit vraiment.

LM – On dit qu’il est difficile de vous remercier quand vous animez un fest-noz, que vous ne demandez pas de cachet…
LFM – (Yvon) Depuis toujours, on n’a jamais demandé quoi que ce soit, chaque organisation paie selon sa volonté. Chanter, on n’en fait pas métier.
(Henri) Oui, personne ne pourra jamais dire que les frères Morvan ont imposé leur cachet !

Interview paru dans « Le Magazine » daté du 20 Octobre 99

Extraits de leur album.